Electroom Acoostap Podcast

Electroom Acoostap – Straight Off My Bags

Après une escale en Australie, à New York, en Caroline du Nord, à Détroit et en Pennsylvanie, le podcast de Radio Chantier revient en France avec un mix d’Electroom Acoostap : Straight Off My Bags. Downtown.

Electroom Acoostap est un des trois avatars d’Orlando Diaz Corvalan aka Medline aka Aillacara 2743, fondateur du label My Bags qui édite les collections OMEN et autres beats rares sur support magnétique. Pour ce podcast exclusif, il nous propose une sélection hétéroclite mélant jazz funk, latin funk, beats, hip-hop… Et dans l’interview donné, le producteur/patron de label revient sur ce qui a motivé le projet OMEN, le support magnétique, ses différents avatars, son approche de la musique en live ou en studio et son dernier projet Hip-Hop : Big Bad Blues.

  1. Medline & Mistah Live – Music
  2. Freestyle Professor – Ghetto Gospel
  3. B. W. Souls – Marvin Groove
  4. Alkaholiks – Likwit Crew
  5. Daddy Lord C – Les Jaloux
  6. Medline – People Make The World Go Round
  7. Casual – That’s How It Is
  8. Donald Byrd – Flight Time
  9. Alkaholiks – Only When I’m Drunk
  10. Ed OG & That Bulldogs – Check It Out
  11. Bahamadia – Total Wreck
  12. Brother Arthur – The Year Of The 9
  13. Group Home – Up Against The Wall
  14. Electroom Acoostap – Wordless Lips
  15. A Tribe Called Quest – Electric Relaxation
  16. Mos Def – Universal Magnetic
  17. Labtekwon – Chocolate Chip
  18. People Without Shoes – If
  19. KRS 1 – I Can’t Wake Up
  20. Electroom Acoostap – Promsie Land

Orlando, on te connait sur Radio Chantier comme l’initiateur du projet OMEN (Open Minds Explore Nature), peux-tu revenir rapidement sur ce qui a motivé ce projet ?

La motivation première​ est d’apporter un souffle créateur à la beat scène. OMEN se présente comme un défi artistique animé par un concept puissant.
On invite chaque beatmaker à l’introspection, à la remise en question, à la prise de recul sur le présent, afin de dépasser les critères musicaux contemporains et d’affiner son identité musicale.
L’objectif est de créer de nouveaux styles, d’ouvrir de nouvelles pistes, d’élaborer des techniques de productions novatrices, de faire évoluer positivement la musique qu’on aime, sans être conditionné par le choix des auditeurs, des radios, les faiseurs de goûts et les courants à la mode. OMEN est un lieu de recherche qui donne un sens à la production musicale. C’est une réponse au formatage de la culture et de la production hip-hop d’aujourd’hui.

La cassette magnétique revient beaucoup en ce moment, pourquoi avoir choisi ce support ?

En tant que DJ ce support n’est pas nouveau pour moi. J’ai fais mes premières mixtapes sur cassettes en 1995. C’est donc naturellement que j’ai remis la platine cassette en service.
La cassette se présente comme une alternative analogique au mp3. Son faible coût, ses possibilités de personnalisation en font un très bon média pour les labels qui se lancent.
Avec le label My Bags, nous préférons vendre un bien tangible, une oeuvre physique. Le digital dématérialise l’oeuvre et le public est floué. Il achète des 1 et des 0.
La cassette correspond à une philosophie, un mode d’écoute différent. C’est une oeuvre qui peut vivre sans ordinateurs et qui apporte une bonne expérience d’écoute.

Il y a un grand nombre d’artistes présent sur les deux opus OMEN (une vingtaine par compilation, plus de quarante en tout…), comment les as-tu rencontré ?

La majorité des participants aux compilations sont des artistes que j’ai découvert sur le net. Soit je reçois des démos, soit je contacte des beatmakers qui me semblent déjà ouvert à cette démarche.
La recrutement d’artistes est le travail le plus fastidieux. J’aimerais recevoir beaucoup plus de musique spontanément, mais le projet est encore récent.

Tu es aussi producteur, sous le pseudo de Medline aka Aillacara 2743 aka Electroom Acoostap aka O. Diaz Corvalan… Combien as-tu d’avatar ?

J’ai trois avatars. Medline, Aillacara 2743 et Electroom Acoostap. Et je projette également d’utiliser mon véritable nom.

À quoi correspondent ces « personnages » ?

Chaque nom correspond à un style. Au début je n’utilisais que Medline pour tous mes projets, principalement hip-hop.
Au fur et à mesure que j’explorai d’autres styles, j’ai créé de nouvelles identités pour répondre à ce spectre de production.
Aillacara 2743 pour les productions d’inspiration sud américaine, Medline pour les créations jazz funk et enfin Electroom Acoostap pour le Hip-Hop / Boom Bap.
Le tout est réuni sous le nom de mon studio : Sun Son Sound.

Est-ce que tu empruntes un pseudo à chaque projet comme le fait Kool Keith ?

Non, je m’y perdrais complètement ! Chaque nom correspond vraiment à un style particulier. Kool Keith fait uniquement du hip hop, style dans lequel il s’invente des psychologies. De mon côté c’est plus des identités sonores complète. Je peux très bien faire de la cumbia comme à Baranquilla en 73 et après sortir un LP de boom bap avec le son de NYC, et ensuite faire un titre de jazz funk futuristique pour une compilation. L’important pour moi, c’est qu’au travers de tous ces costumes, je puisse partager ma musique à un public plus large sans faire de la musique populaire ou de la variété. Je reste dans une démarche artistique sincère, et je n’ai pas à faire de la pop pour être écouté.

Avec quel matériel travailles-tu le son ? Des noms.

Je n’utilise qu’un PC portable comme studio d’enregistrement. J’utilise beaucoup d’instruments, comme la flute, la guitare, des claviers, pas mal de percussions et aussi de bons plugins. Je ne suis plus attaché à un type de machine mais plutôt à ce qui en sort. J’ai utilisé à l’époque une MPC 2000, une MPC 3000 mais je me sentais limité dans les possibilités et par rapport à ce que je voulais faire, c’est à dire une musique qui ne dépendrait plus de samples et de la musique des autres.

Comment décides-tu de te lancer sur un projet ?

Souvent l’inspiration vient d’elle même. Je ne décide pas. La difficulté principale est de traduire cette inspiration en une réalité matérielle. Quand j’ai une idée de mélodie par exemple, en général elle convient à une de mes identités. C’est l’inspiration qui commande. Ensuite on exécute. L’essentiel pour moi c’est de conserver l’énergie que donne l’inspiration durant la production d’un titre. C’est ce qui apporte, à une musique réalisée en studio, une dynamique, un souffle. On canalise son inspiration grâce à une méthode de travail. Chacun à son work flow, des étapes de construction qui permettent de réaliser rapidement une base solide, une tourne qui se suffit à elle même.

Il y a t’il toujours un concept qui précède le lancement d’un projet ou d’un morceau ?

Le concept peut venir avant une idée de musique ou juste après. Il ne précède pas forcément la création musicale. Il m’aide surtout à définir un album et souvent la manière dont il sera produit. Il fait la force et la cohérence d’un projet. Il est essentiel à la qualité de la musique, pour lui donner un sens et pour lui conférer une stature d’oeuvre à part entière. Il est possible qu’une idée de composition ouvre là voie vers un concept général d’album. C’est ce qui s’est passé pour Big Bad Blues, le concept d’album est venu après avoir produit un beat avec uniquement une platine et quelques disques. Je me suis dit que se serait parfait pour un hommage au précurseur du beatmaking et j’ai donc respecté ce concept pour le reste de l’album. Le concept est aussi important pour le public, parce qu’il raconte une histoire, il porte en lui la pensée de l’artiste, une partie de son univers. C’est une clé pour comprendre sa musique.


Electroom Acoostap vient de sortir Big Bad Blues un album composé dans la tradition Boom Bap des années 70, sans aucun sampler et en utilisant pour seuls instruments : platines et vinyls (voir l’interview video ci-dessous).


Quel est ton approche de la composition ? Pratiques-tu le son quotidiennement ?

Je m’inspire des productions des années 60, 70 période qui à mon avis à connu les plus belles réalisations musicales. Si ces années n’avaient pas été aussi bonnes, pourquoi alors sont elles aujourd’hui autant pillées par les beatmakers ? Ma démarche est simple, plutôt que sampler la musique des autres parce qu’elle est excellente, je me donne les moyens de produire une musique excellente comme à l’époque. Je ne tire aucun plaisir de faire un beat à base de samples par contre je suis content quand une composition sonne comme une production des années 70, sans artifice, sans subterfuge, sans Bernard Purdy à la batterie et John Coltrane au saxophone. Aujourd’hui pour moi le sampling n’est qu’un instruments parmi tant d’autres instruments de musique. Il a pris trop d’importance. Alors qu’il ne se suffit pas à lui même. Certains ont fait le choix de n’utiliser que le sampler et d’être dépendant de la musique des autres pour sampler. J’ai préféré vendre mon sampler et faire de la musique de manière plus traditionnelle. Ce que le public écoute c’est ma musique, mes mélodies, mes rythmes et je ne construit pas ma notoriété sur le talent d’artistes du passé ou sur de bons disques samplés. C’est une tout autre prise de risque.

Dans tes compositions, on sent une part d’improvisation, de recherche, comment arrives-tu à la canaliser (si tu y arrives) ?

Composer est complexe. Cela se passe à 90% dans la tête, contrairement au sampler ou 90% se passe sur l’écran. En général, je part sur un thème principal, auquel j’ajoute des variations. Ensuite j’arrange le tout. Il peut se passer 3h ou je cherche une mélodie sur un beat. Je n’ai pas de mélodie sur vinyle à sampler. Les beatmakers qui ne composent pas ne peuvent pas s’en rendre compte.
Le travail de composition est un véritable travail artistique, ce n’est pas du collage. On doit créer tout à partir de rien ou de peu. Que ce soit le son de chaque instrument, mais aussi ce qu’il va jouer. Canaliser est important, on doit avoir une idée précise de ce que l’on veut sinon on ère très vite. Donc, oui on tâtonne, on test et on garde ce qu’il y a de mieux, tout en gardant le cap. Il est facile de s’éparpiller. Il est donc important d’avoir une force spirituelle pour conserver son inspiration durant toute la durée de la production.
Le public n’a plus cette culture de la composition comme avant. Il se contente de peu et ne s’intéresse guère au processus de production. Beaucoup d’auditeur peuvent avaler n’importe quoi sans se poser de question sur la nature de ce qu’ils écoutent. A titre de comparaison, on peut dire que la composition c’est de la gastronomie à base de produits frais, et le beatmaking, de la restauration à base de surgelés ou de plats, déjà préparés à l’avance, et réchauffés. Il y a un fossé culturel et une différence de savoir faire énorme entre les deux. Et les gens n’ont plus de capacité réelle d’appréciation, ni de volonté de recherche d’authenticité. Pour moi c’est le signe d’une dégénérescence culturelle générale, tant chez les producteurs que chez les consommateurs. Je dévie consciemment de la question, car pour moi, c’est un point essentiel de la musique actuelle.

Le son, c’est pas vraiment pour le bif, n’est-ce pas ? Tu fais quoi à côté ?

Je suis producteur de musique à temps plein. Je travaille sous mes différents pseudo avec plusieurs labels aux USA, en Allemagne et en France…
La motivation première n’est pas l’argent. Je travaille à mon compte et conjugue les activités de producteur, de label et de dj.
À côté de ça, je travaille dans mon potager !

Est-ce que tu te produit bientôt sur scène ? As-tu une approche particulière du « live » (au niveau de la préparation, du matériel utilisé) ?

Sur scène, pas pour le moment. Mais je prépare un set live pour 2015 accompagné de Roni Alkekengi, compositrice et chanteuse avec laquelle je forme le duo Dos Angeles.
Nous avons signé un titre sur une compilation produite par le label BBE et le site Bama Love Soul.
A cette occasion nous sommes accompagnés par un batteur, un bassiste et un clavier.
Sur scène je suis multi-instrumentiste, je joue de la flute traversière, des claviers, des percussions et je lance des parties d’arrangement composées en studio.
J’aime la liberté du live et c’est l’endroit où il n’y a plus le métronome de la machine !


Medline aka Electroom Acoostap

Pour suivre l’actualité du label My Bags : Bandcamp - Sunsonsound - Twitter

Exprime-toi camarade

5 réponses à “Electroom Acoostap – Straight Off My Bags”

  1. @sunsonsound dit :

    New interview + exclusive mix for Radio Chantier > http://t.co/Utw0DVr1X5

  2. […] la participation de My Bags avec qui nous avons publiés récemment notre dernier podcast : Straight Off My Bags. L’édition de cette presque cassette s’inscrit dans la lignée des Mostla Tapes […]

  3. […] Le mix invité Extrait du mix de Electroom Acoostap – Straight Off My Bags […]

  4. […] le Big Bad Blues d’Electroom Acoostap, le label MyBags marque une nouvelle fois son empreinte dans le sillon du retour de la cassette […]

  5. […] par JC The Blind. Parmi les producteurs que l’on connait sur le Chantier on note Medline (My Bags Records), Tayreeb, Gabriel Hays… Des beats et des boucles de tout horizon : jazz, […]

Laisser un commentaire